Le Parc de Kahuzi-Biega est sécurisé et prêt à accueillir les touristes

Le conservateur en chef en visite dans le couloir biologique

Ce joyau de la biodiversité, inscrit au patrimoine mondial par l’UNESCO en 1980, a connu des moments sombres à cause de l’insécurité qui y a régné durant des années. Les responsables ont tenté diverses solutions, en allant des celles les plus musclées vers les plus douces. La force légitime n’a pas donné des résultats escomptés. La direction a prôné le dialogue avec les populations riveraines dans une approche de coopération. Les résultats sont là : une paix rétablie, la fin du déboisement et de la déforestation, dénonciation (par les autochtones) des derniers groupes armés qui se sont réfugiés dans la parc.

Preuve de cette sécurité rétablie : la visite du couloir biologique par le directeur et chef de site M. De Dieu BY’AOMBE accompagné de son staff et du porte parole, M. Hubert MULONGOYI.

Contexte historique de la création du parc de Kahuzi-Biega

Les monts Kahuzi et Biega © Esther NSAPU

Le parc Albert est créé en 1925. Il s’en est suivi celui de Garamba en 1938 et Upemba en 1939. Dans la foulée des réserves forestières, des réserves de chasse ou de pêche sont également créées. C’est alors que fut créé, en 1937, la réserve intégrale zoologique et forestière de Kahuzi-Biega, dotée d’une protection particulière. Kahuzi-Biega était la plus importante d’entre elles, car disposant d’une exceptionnelle diversité biologique. La raison principale de la création de cette réserve intégrale était d’assurer la protection de l’habitat de la gorille des plaines de l’est, une espèce endémique. Elle avait une superficie de 75.000 ha. Cette réserve couvrait la haute altitude dans la chaîne Mitumba, dominée par les Monts Kahuzi (3310 m d’altitude) et Biega (2790 m d’altitude). Théoriquement il population ne vit dans cet espace.

La réserve de Kahuzi-Biega a gardé ce statut jusqu’à la fin des années 70. C’est alors que les étudiants congolais de Belgique, originaires du Kivu ont insisté pour transformer cette réserve en parc national. Leur appel a été entendu par le gouvernement. Le 30 novembre 1970, furent créés les parcs de la Maiko (ordonnance-loi N° 70-312), de Kundelungu (ordonnance-loi N° 70-317), de Salonga (ordonnance-loi N° 70-318) et de Kahuzi-Biega (ordonnance-loi N° 70-316). Ce dernier a perdu 15000 ha par rapport aux limites de l’ancienne réserve.

En 1975, le président Mobutu décide d’agrandir la surface du parc afin d’inclure la partie basse et de favoriser les échanges biologiques entre les espèces. Le parc a alors une superficie de 75.000 ha. Les populations qui habitaient dans cette partie intégrée au parc sont expulsées manu-militari. Elles sont mécontentes et le font savoir. Mais rien n’y fait. C’est à partir de cette période que naissent les conflits entre ces populations, particulièrement les pygmées Bambuti-Batwa, avec les gestionnaires de Kahuzi-Biega. Dans les deux camps, on use de plus en plus la violence. Mais aucune solution n’est trouvée. Les autorités nationales se saisissent l’affaire, mais rien n’est résolu.

Il s’en est suivi, à partir de 1994, l’éclosion des groupes armés qui ont envahi le parc en fuyant le Rwanda ainsi que ceux qui ont fui la rébellion de l’AFDL trois ans plus tard. Hormis les menaces des groupes armés, le braconnage intensif, l’intensification de la fabrication des charbons de bois, l’exploitation illégale des minerais, l’extension de l’élevage (dont sont impliqués également certains notables) et l’afflux des nouveaux réfugiés rwandais posent un gros problème au parc.

Certaines ONG internationales se mêlent alors des conflits entre les pygmées et parc. Elles prennent partie pour ces derniers jusqu’à les armer. Les Bambuti ont désormais des armes de guerre et retournent par la force dans le parc. Entre-temps, en 2004, les Batwa autochtones ont soulevé leurs problèmes de perte de territoire depuis 1975 lors du Congrès Mondial sur les parcs (WPC).

Pendant ce temps, l’ICCN (Institut Congolais pour la Conservation de la Nature) a adopté une nouvelle stratégie nationale de conservation communautaire (2007-2011). Cet organe de l’Etat, gestionnaire de tous les parcs nationaux décide d’asseoir une gestion rationnelle et durable des ressources, en renforçant la collaboration avec les communautés locales. Il y a alors la promotion du développement-durable par la sécurisation du climat social. C’est la vision de gestion des aires protégées prônée par M. Cosma WILUNGULA, directeur général de l’ICCN.

Photo souvenir du 20 septembre 2019, à la clôture du dialogue de haut niveau tenu à Bukavu

Que se passe-t-il en réalité sur le terrain ?

Dans la presse, on parle régulièrement des pygmées tués par les gardes, mais aussi des gardes qui sont tués ou enlevés par des hommes armés. Les organisations non gouvernementales qui aident les pygmées ne voient que l’oppression subie par eux, mais ignore les pertes irréversibles subies par le parc : disparition de la population des éléphants, diminution des populations des gorilles, déforestation à grande échelle, etc.

Les pressions internationales orchestrées par les organisations de protection des peuples des forêts poussent l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature – IUCN en anglais) à adopter le mécanisme de Whakatane en 2011. Ce dernier est créé en vue de prendre en compte et rémedier aux effets des injustices historiques et actuelles dont sont victimes les peuples autochtone au nom de la conservation de la nature et des ressources naturelles.

Le mécanisme Whakatane se voulait être une approche consensuelle visant à créer des cadres qui permettent aux communautés autochtones et aux autorités de conservation de travailler ensemble pour protéger leurs droits et l’environnement. Or, c’est exactement l’approche adoptée par l’ICCN depuis 2007 ! Sur le terrain, l’on constate que les autochtones disposent des armes automatiques et s’installent par la force à l’intérieur des limites du parc national de Kahuzi-Biega.

Photos de l'arrestation des membres du groupe Ngomino
Les membres du groupe armé Ngomino sont présentés aux autorités militaires après leur arrestation en janvier 2020

Avec le soutien des ONG comme Forest People Programme (FFP), Centre d’accompagnement des peuples autochtones et minoritaires vulnérables (CAMV) et la Fondation ARCUS, les Bambuti ont réalisé une carte 3D en 2014. Ils y indiquent l’emplacement des zones du parc national auxquelles ils sont refusés d’accès. Ils ont également ajouté dans cette carte 3D, les espaces sacrés, les zones d’emplacement des villages anciens. Comme par hasard, c’est à partir de 2014 que se sont intensifiés les actes violents de la part des autochtones et des différents groupes armés.

En octobre 2014 une réunion s’est tenue à Bukavu afin de signer la feuille de route du mécanisme de Whakatane en RDC. Il s’en est suivi une autre réunion d’évaluation le vendredi 09 juin 2017, dans la salle Concordia de l’Archevêché de Bukavu. Étaient présentes, les autorités provinciales dont le Gouverneur et le Président de l’Assemblée provinciale, respectivement MM. Marcellin CISHAMBO et Emile BALEKE.

Les conflits n’ont pas cessé malgré les résolutions prises durant les deux réunions organisées à Bukavu. Les conflits entre les gardiens du parc et les autochtones envahisseurs du parc se sont intensifiés. Les organisations non gouvernementales ont instrumentalisé ces populations et les ont poussé à désobéir à la loi et de contester l’autorité de l’ICCN et du PNKB dans l’aire protégée. En mars 2018, dix-huit (18) agents du Parc national de Kahuzi-Biega partis pour une mission d’inventaire de routine à l’intérieur de ce site ont été pris en otages par des Maï-Maï Raia Mutomboki, à Nzovu, dans le territoire de Shabunda (province du Sud-Kivu). Ils seront libérés plus tard à la suite de la négociation entre les rebelles et les gestionnaires du parc.

Son Excellence M. le Gouverneur du Sud-Kivu

Le conservateur en chef a alors entrepris des contacts approfondis avec les riverains du parc. Parallèlement, un dialogue de haut niveau était en préparation. La situation commençait à se détendre. Malheureusement, un incident a eu lieu à Bumoga, dans le territoire de Kalehe dans la province du Sud-Kivu. Des coups de feu avaient été entendus le mardi 24 avril 2019, au soir dans ce village de Pygmées situé à la lisière du parc de Kahuzi-Biega et le lendemain le corps sans vie d’un pygmée a été retrouvé. Les organisations qui soutiennent les pygmées ont désigné sans preuve les auteurs de cette tuerie comme étant les éco-gardes. Ainsi, les autochtones pour venger leur compère tué la veille, vont lyncher deux gardes qui passaient sur la route nationale, en territoire de Kalehe. Ils sont grièvement blessés et l’un d’eux va mourir à l’hôpital où il a été transporté d’urgence.

Encore un autre incident grave, en juillet 2019, est arrivé à une patrouille d’éco-gardes qui pourchassaient deux braconniers. Elle est tombée dans une embuscade. Celle-ci était tendue par des Pygmées armés de machettes et de flèches. Les gardes ont riposté, mais le bilan est lourd : un pygmée répondant au nom de Lwaboshi Simba est tué et treize gardes blessés, dont trois grièvement.

Persévérance dans la recherche des solutions consensuelles et pérennes

Malgré ces incidents graves d’avril et juillet 2019, un dialogue de haut niveau est organisé le 19 et 20 septembre 2019, en présence des autorités provinciales. Le vice-gouverneur du Sud-Kivu, M. Fiston MALAGO KASHEKERE a ouvert ces assises dans le prestigieux hôtel Panorama de Bukavu. La députée Adolphine MULEY était présente ainsi que l’ambassadeur Samy MANKOTO, comme modérateur. Étaient aussi présents des officiers des Forces Armées, la société civile, des nombreux représentants des peuples autochtones, les fermiers ainsi que d’autres acteurs environnementaux. Durant ces travaux, il a été démontré l’influence néfaste des ONG sur les pygmées Batwa et les autres communautés locales.

De ce dialogue de haut niveau est sorti une déclaration que les autochtones ont refusé de signer le jour même. Ils ont alors demandé un rendez-vous avec le Directeur Général de l’ICCN qui a également participé aux assises. C’est ainsi que ce dernier les a accueilli le 21 septembre 2019. Les autochtones ont demandé des garanties que les résolutions seront respectées et y on ajouté quelques amendements à la déclaration finale. C’est en ce moment que ce document engageant toutes les parties a été finalement signé par les autochtones par la main de M. KAPUPU MATIMANYWA.

Un des représentants des autochtones, lors des assises de Bukavu en septembre 2019

Depuis lors, une baisse spectaculaire des tentions a été remarquée. Toutefois, on notera que 120 combattants Maï-Maï Nyatura qui s’étaient déjà rendus aux FARDC à Numbi, dans le territoire de Kalehe en début du mois de décembre 2019, ont regagné la forêt dans la matinée du samedi 25 janvier 2020. Certains finiront par quitter eux-même à nouveau les lieux, sauf quelques éléments incontrôlés. Parmi eux on peut citer un des chefs d’une faction rivale, le nommé Chance MIHONYA et le groupe Ngumito.

Entre-temps, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ont présenté fin janvier 2020, 8 rebelles arrêtés, dont le seigneur de guerre Jean-Marie Kasula au gouverneur de la province du Sud-Kivu à Bukavu. Ces rebelles opéraient dans le Parc National de Kahuzi Biega.

D’après le colonel Michel Koth, directeur des renseignements de la 33e région militaire, ces éléments ont été arrêtés avec 7 armes lors de leurs opérations. En effet, le groupe rebelle dirigé par Jean-Marie Kasula avait déjà élu domicile dans le parc national de Kahuzi Biega. Les éléments de ce groupe essayaient de faire peur aux touristes et détruire l’écosystème. Malgré plusieurs tentatives de sensibilisation, ce groupe armé s’est surtout distingué par la criminalité. Le chef rebelle Kasula et ses 7 campagnons dont 2 femmes ont été arrêtés au cours des opérations conjointes menées par les éco-gardes et les militaires.

Les autochtones ayant envahi le parc depuis quelques années ont quitté volontairement l’aire protégée, fin février 2020, en présence du conservateur en chef et son adjoint. Une équipe de Kahuzi-Biega les a accompagnés et offerts quelques outils nécessaires à leur survie. Mais, ce soutien reste symbolique, tant le parc a de moins en moins de moyens du fait des départs de certains partenaires qui le finançaient.

Le porte-parole Hubert MULONGOYI, lors d’un point de presse à Bukavu

Le parc s’est ainsi débarrassé de nombreux éléments nocifs à la protection de la faune et de la flore du site. Il restait cependant l’un d’entre eux, le chef du groupe Raïa Motomboki qui a juré de continuer ses activités illégales dans le parc ainsi que sur la route Bukavu -Walikale. Il a réussi encore à tuer un garde parc qui se trouvait sur le chemin de retour après le travail. L’éco-garde était transporté sur une moto et s’est fait surprendre, lui et son accompagnateur.

Les riverains qui souffraient également des tracasseries de ces hommes armés ont dénoncé les auteurs de la tuerie. Ils ont également informé de la localisation de son quartier général, à une demi douzaine de kilomètres de Bunyakiri. C’est ainsi que les équipes des gardes se sont rendu dans la zone et localisé ce repère avant d’arrêter Chance MIHONYA, le 10 mai 2020.

Arrestation de Chance MIHONYA, le rebelle qui a défié les éco-gardes depuis plus de six mois

Il ne reste plus un seul groupe armé présent dans le parc depuis cette date. Il faut noter également que les visites sont interdites à Kahuzi-Biega depuis le 16 mars 2020 suite aux mesures prises par le gouvernement pour lutter contre la propagation du coronavirus.

Malgré cette fermeture les eco-gardes n’ont pas baissé leur vigilence et continue de sillonner le terrain afin de s’assurer qu’il ne reste plus de groupes armés. Pour preuve, la direction du parc s’est rendu ce vendredi 12 juin 2020 dans le couloir biologique pour inspection. Cela fait un long moment que les gardes ne pouvaient plus se rendre sur ce espace de migration séparant la zone de basse altitude et celle de la haute altitude. En effet, le présence des fermiers et des exploitants illégaux a créé une insécurité pour les gardiens. Ils y étaient systématiquement attaqués.

Visite du couloir biologique ce 12 juin 2020, après une longue période d’insécurité

Aujourd’hui, le calme est revenu. Le parc se prépare déjà à accueillir les visiteurs dans des meilleures conditions, dès que le gouvernement va lever les mesures de confinement dues au covid-19. Les touristes viendront à nouveau admirer la riche diversité de Kahuzi-Biega, surtout le gorille des plaines de l’est, habitué à la présence humaine. Actuellement le parc est en train de procéder à l’habituation d’autres espèces, notamment les singes (cercopithèques et les colobes).

Un cercopithèque du parc de Kahuzi-Biega. Les visiteurs l’approcheront bientôt

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